Ça y est, elle est arrivée… Après de longs mois de patience, que dis-je, depuis maintenant cinq ans que les Walt Disney Studios existent, jamais une attraction ne se sera faite autant désirée ! Mais de quoi suis-je donc en train de parler ? Mais de la Tour de la Terreur, un saut dans la quatrième dimension pardi !

Mais s'il est vrai que vous ne suivez pas l'actualité des parcs Disney, ce nom ne vous évoquera sans doute pas grand chose. Pour résumer, cette attraction à vous couper le souffle, inspirée de la célèbre série éponyme qui a hanté les petits écrans du monde entier dès les années soixante, se propose de vous plonger dans les univers parallèles de la quatrième dimension. Et quand je dis plonger, c'est également (et en particulier) au sens propre qu'il faut l'entendre…

Affiche conceptuelle de l'attractionL'objet de cet article n'est pas de vous détailler le contenu de cette palpitante mais ô combien angoissante aventure, mais plutôt d'apporter un regard sur la stratégie d'Euro Disney ces dernières années. Je reviendrai plus en détail sur cette nouvelle aventure et ses cast members dans un prochain billet.

Tout d'abord, sachez qu'on revient de bien loin. En effet, les Walt Disney Studios parisiens ont longtemps été la synthèse absolue de tout ce qu'il ne fallait pas faire dans un parc qui portait la griffe Disney. Ce petit frère du majestueux parc Disneyland qui n'est pourtant qu'à quelques mètres, n'avait rien, mais alors absolument rien à lui envier. L'immersion dans un monde au-delà du réel, fourmillant de détails dont on se surprend à en découvrir toujours d'autres à chaque visite n'était certainement pas de mise aux Studios…

La sophistication a ainsi cédé la place au minimalisme avec pour principe de proposer aux visiteurs d'entrer dans les coulisses. Une intention louable en soi, mais qui s'est traduite par la création d'attractions, hébergées pour la plupart dans d'immenses hangars reproduisant ceux que l'on trouvent dans tout bon grand studio de cinéma digne de ce nom (Warner Bros, Paramount, Universal, etc.). Nos amis américains appellent ces bâtiments les “soundstages”. Le parc avait ainsi un look industriel, sans personnalité et froid au possible.

Une économie a sans doute été réalisée grâce à ce décor minimaliste, même si Disney s'en défend en prétextant qu'il s'agissait d'une visite de studios de cinéma et qu'ils ne faisaient que reprendre leur architecture… Sauf que le cinéma, même érigé en industrie, fabrique du rêve. Disney aurait dû par conséquent également donner du rêve dès que les portillons d'entrée étaient franchis.

Au-delà de cette question esthétique, le parc ne comptait que neuf attractions et spectacles à l'ouverture, alors que le grand frère en comptait déjà une cinquantaine ! Et pourtant, certaines attractions sont particulièrement réussies et totalement originales, leur conception étant exclusive pour ce parc. Mais on a beau avoir un produit qui peut être intrinsèquement sympathique, si le packaging ne suit pas, on peut friser la catastrophe. Ce qui ne manqua pas d'arriver, les visiteurs ayant tout simplement boudé le lieu. Disney a eu peine à attirer des visiteurs complémentaires et la réputation désastreuse du lieu a été aussi rapide que l'éclair. Ainsi en été, alors que le grand parc fermait ses portes à 23 heures, le petit ne dépassait guère les 19 heures… La fréquentation a stagné autour de 12 à 13 millions de visiteurs par an, soit quasiment le même nombre de visiteurs qu'avant avec un seul parc ! Les comptes d'Euro Disney replongèrent à nouveau dans le rouge au grand dam des actionnaires.

En 2004, le p-dg d'alors, André Lacroix, dans un élan qu'on peut comparer à celui de Philippe Bourguignon confronté aux pires difficultés en 1993, comprit très vite que seuls de nouveaux investissements destinés à renouveler et susciter le désir de passer une ou plusieurs journées à Disney étaient nécessaires. Outre une restructuration financière, il obtint une ligne budgétaire spécifique de 240 millions d'euros destinée à financer de nouvelles aventures.

Mais il était hors de question de repartir sur les erreurs initiales des Studios. Il fallait redonner une âme à ce parc qui en manquait tant, en créant de nouveau des expériences à haut pouvoir d'immersion. Sans oublier que les nouvelles attractions devaient également être intégrées dans un environnement tout autant travaillé. Il fallait redonner au thème du septième art tout le glamour que l'on était en droit d'attendre.

Toon StudioEn juin 2007, Crush's Coaster et Cars Quatre Roue Rallye virent ainsi le jour dans une zone désormais intitulée Toon Studio (le lieu où viennent travailler les toons). Un environnement portuaire australien a ainsi été réalisé pour la première attraction et une mini reconstitution de la petite ville de Radiator Springs accueille la deuxième.

Et depuis le 22 décembre 2007, la Tour de la Terreur a accueilli ses premiers “clients” dans un nouveau quartier évoquant le Hollywood des années cinquante, avec ses bâtiments, ses boutiques et son mobilier urbain directement inspirés de cette ville du cinéma.

Les Walt Disney Studios, longtemps l'un des vilains petits canards du giron Disney, changent peu à peu de visage. Et c'est sans aucun doute loin d'être fini, un nouvel élan semble vraiment être de mise. La stratégie adoptée semble être la bonne, car le succès est déjà au rendez-vous. Avec l'ouverture de Crush et Cars seulement en milieu d'année fiscale, mais aussi grâce aux festivités du quinzième anniversaire, 14,5 millions de visiteurs ont déjà franchi les portes des deux parcs. Un niveau de fréquentation jamais atteint dans l'histoire mouvementée d'Euro Disney. Attendons de voir l'impact de la Tour de la Terreur sur les chiffres 2008…

Les erreurs des Studios ne sont pas spécifiques à la France. Aux États-Unis, le parc Disney's California Adventure, petit frère du parc Disneyland original de Californie, a souffert des mêmes problèmes d'identité que les Studios. Il y a quelques mois, la Walt Disney Company a ainsi annoncé mettre sur la table un milliard de dollars pour transformer de fond en comble le visage de cette destination. Quant à Hong Kong Disneyland, le plus petit des parcs Disneyland (il n'a ouvert ses portes qu'avec moins de dix attractions alors que le parc français comptait déjà près d'une trentaine d'attractions et spectacles en 1992) construit enfin de nouvelles aventures, à commencer par le classique “it's a small world”. Il faut noter que parmi les autres grandes attractions manquantes à Hong Kong figurent tout de même des classiques tels que Pirates, le Manoir hanté, Big Thunder Mountain…

Ces différents errements ont en tout cas un enseignement : le public n'est pas dupe. Disney, en trahissant ses standards avait en quelque sorte trahi son public. Les sanctions ont été immédiates ! Ces parcs ont ainsi très vite plongé dans la quatrième dimension ! Mais il semblerait qu'ils reviennent enfin dans le monde réel…

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