dimanche 2 septembre 2007
Du rat “de goût” au rat des champs
Ratatouille, un film d'exception plein de saveur où, sacrilège, le principal héros est l'ennemi ordinaire de toute cuisine qui se respecte ! Les films d'animation ont décidément ce talent de faire passer des animaux ou des insectes a priori répugnants pour des choses absolument adorables ! Qui ne voudrait pas avoir pour ami le petit Rémi, toujours prêt à vous concocter de somptueux mets à vous faire saliver de bonheur…

Hélas dans la vraie vie, il y a peu de chance de tomber sur un rat aussi mignon que Rémi. Je me souviens ainsi d'un léger moment de frayeur un soir tranquille un été. Il était près de 23 heures, nous préparions la fermeture de la gare de Frontierland du Disneyland Railroad après le passage du dernier train. Dans ce coin reculé du parc, à une heure si tardive les badauds se faisaient rares. Il ne restait plus que le silence des lieux mêlés à la douce musique country toujours diffusée via des hauts-parleurs savemment intégrés dans le paysage.
Tout d'un coup, des petits bruits de pas assez répétés et proches se firent entendre. À Frontierland, rencontrer des animaux en vadrouille n'a rien d'étonnant. Généralement, c'étaient des canards qui patrouillaient en famille ou des lapins perdus, venus d'on ne sait où de la campagne Seine-et-Marnaise !
Mais ces petits bruits étaient intrigants. ils ne ressemblaient pas à ceux émis par les animaux que nous avions l'habitude de croiser dans cette zone. Difficile de voir de quoi il pouvait s'agir, l'éclairage tamisé et les ombres ne facilitant pas cette tâche. Aussi, n'écoutant que notre courage et guidés par l'oreille, nous tentions de nous approcher… avant de voir détaler à toute vitesse un énorme, mais vraiment énorme, ragondin !
À coup sûr, celui-ci ne devait pas faire partie de la famille Disney !
vendredi 12 mai 2006
Les débuts du téléphone portable
Aujourd'hui, rien n'est plus banal que de brandir son téléphone portable, de passer des coups de fil ou d'en recevoir n'importe où et n'importe quand (en faisant preuve de savoir-vivre quand même)… On a l'impression qu'il a toujours été notre compagnon de tous les jours et on a même du mal à envisager de vraiment s'en passer !
Pourtant l'aventure du téléphone cellulaire (si, si je vous assure, c'est son nom originel) est toute récente. À l'approche de l'été 1996, le taux de pénétration des mobiles flirtait autour des 0 %. Ce n'est que vers la fin de l'année 1997 que l'on commença à dépasser les 10 % (source Arcep, Autorité de régulation des communications électroniques et postales).
En 1995, les portables étaient donc plutôt rares et ceux qui en possédaient étaient souvent l'objet de gentilles moqueries… avec le retournement de situation que l'on connaît maintenant : c'est plutôt ceux qui n'en ont pas qui sont vite considérés comme des gens qui viennent d'une autre planète !
Revenons à l'été 1995 : je me souviens d'un arrêt prolongé du RER en pleine voie en direction de Marne-la-Vallée. Comme souvent, les trajets en RER sont l'occasion de tomber sur des collègues. Malgré les annonces rassurantes du conducteur, nous étions toujours bloqués et l'heure tournait. Tous les cast members à bord commençaient par conséquent à stresser avec la crainte d'arriver en retard.
Un des collègues tout d'un coup sortit un téléphone portable de sa sacoche pour prévenir son management qu'il allait avoir du retard. Tout le compartiment s'est soudainement mis à le regarder dans un silence religieux, les yeux grands ouverts et baignés d'étonnement. Dans toute la voiture ne résonnait que le son de sa voix en conversation avec ce bien drôle d'objet que personne ne possédait à cette époque.
Et comme il me connaissait, il me l'a alors prêté pour que je puisse à mon tour appeler mon attraction. Avec beaucoup d'appréhension, je saisis le combiné (sans omettre de me faire expliquer le fonctionnement de ce gadget) et je parlais tout doucement, les yeux rivés à mes pieds car les voyageurs continuaient d'assister à cette scène surréaliste.
Et au bout du fil ce n'était pas mieux, car quand j'indiquais à mon interlocuteur que j'étais bloqué dans le RER et que j'allais arriver en retard il m'avait répondu en premier de trouver une autre excuse car il ne comprenait pas comment je pouvais l'appeler depuis un train !
samedi 8 avril 2006
Prochain arrêt : le garage
Comme vous le savez, le Disneyland Railroad est une paisible balade autour du parc à thèmes. Un tour complet dure vingt minutes environ. Une bonne occasion de profiter d'un beau panorama tout en se relaxant.
Lorsque le dernier tour arrive au moment de la fermeture, le terminus s'effectue tout naturellement à Main Street. Les cast members doivent bien entendu vérifier que tous les voyageurs soient descendus, puis de s'assurer qu'aucun visiteur ne traîne en gare.
Un soir, une histoire amusante était arrivée. J'avais terminé mon service de la journée, mais ce sont les collègues du soir qui me l'ont racontée. Alors que l'on manquait d'effectif, le chef de train a effectué comme il se doit l'annonce sonore du terminus. Mais ni lui, ni les deux conducteurs n'avaient ensuite passé en revue chaque voiture, sans doute pressés de rentrer au bercail !
Le résultat vous l'avez deviné, quelques personnes n'étaient pas descendues ! Il restait en effet un groupe de trois visiteurs japonais qui n'avait sans doute pas compris l'annonce. Le train est donc parti au garage avec ces passagers "clandestins". Et lorsque le train arriva à l'atelier, c'est l'équipe de la maintenance qui fit une drôle quand elle a vu passer le train avec des passagers à bord !
A leur tour, le chef de train et les conducteurs découvrirent ces visiteurs, visiblement heureux de cette visite insolite qu'ils ne manquèrent pas de photographier. Après quelques rigolades, les cast members les ont ensuite raccompagnés tout naturellement vers le parc, afin qu'ils se dirigent vers la sortie habituelle, ni vu, ni connu.
lundi 2 janvier 2006
Et un, et deux, et trois, zéro !
Souvenez-vous de ce fabuleux jour de 1998 où la France remporta haut la main la coupe du monde de football coiffant le Brésil au poteau. Bercée par un doux sentiment d'euphorie, toute une nation en extase nageait dans une symbiose étonnante.
Je ne m'étais intéressé à cet événement qu'à partir du moment où nous commencions à avoir de sérieuses chances d'entrer en finale. Il faut dire que l'overdose de foot était agaçante. Et ce, même dans les coulisses Disney ! Une télévision avait ainsi été installée au restaurant d'entreprise. Difficile de déjeuner en paix tant le public était captivé et secoué par les différents matches en cours.
Cela dit la belle victoire des Bleus resta un sacré souvenir. Les jours suivants, je m'étais même pris au jeu à "délirer" un peu au microphone. De temps en temps, je commençais à chanter dans la file d'attente "on est les champions…" et dans la foulée toute la foule reprenait en cœur le refrain, avec en conclusion le célèbre "et un, et deux, et trois, zéro !" !
vendredi 23 décembre 2005
L’effet Space Mountain… et ses couacs !
Aujourd'hui, Space Mountain reste toujours l'une des attractions phares du parc Disneyland. Depuis sa nouvelle mission lancée en avril 2005, les voyageurs ne sont plus catapultés vers la Lune, mais vers les confins de l'univers, confirmant son rôle de valeur sûre.
Revenons un peu en arrière à l'époque où je venais d'être embauché chez Mickey. J'étais arrivé en mai 1995 et Space Mountain était encore en période de rôdage. Certains jours, à certaines heures, l'attraction ouvrait même au public, sans publicité aucune. C'est ce que chez Disney on appelle des "soft openings" (ouverture avant l'inauguration). Ce qui permettait déjà de recueillir des premières impressions et optimiser certains détails.
C'est enfin le 1er juin 1995 qu'ouvrait officiellement Space Mountain, en présence de tout le gratin people plus ou moins au firmament de leur gloire. On se souviendra du couple David Copperfield et Claudia Schiffer, sans oublier Elton John, qui venait d'ailleurs de signer l'écriture de musiques pour un autre grand succès Disney qui allait arriver en fin d'année, le Roi Lion. Pour la caution scientifique, l'inépuisable Michel Chevalet accompagné de Buzz Aldrin, astronaute. Pour le reste, et bien c'était soirée privée ! Personne n'a pu avoir accès à Discoveryland à l'exception des cast members y travaillant ce soir-là.
Après deux ans de travaux, l'une des attractions les plus sensationnelles du parc prenait enfin vie en embarquant ses premiers voyageurs vers la Lune. À l'origine, l'attraction avait pour nom Discovery Mountain, dont les initales DM ornaient toujours certains éléments de décoration dans les navettes ou dans le bâtiment. Space Mountain, au nom plus facile à "marketer", fut finalement retenu. Cela permettait également de conserver un nom déjà en usage dans les trois autres parcs Disney de Californie, Floride et Japon, même si l'aventure et l'architecture sont radicalement différentes.
Space Mountain a constitué un véritable symbole du renouveau de Disney. D'un coût d'un peu plus de quatre-vingt-dix millions d'euros, cette attraction combinait tout ce que Disney savait faire de mieux en terme de mise en scène, narration, technologie de pointe et sensations. C'était la grande nouveauté du parc et les cast members participant à son aventure en étaient très fiers.
D'ailleurs, certains aimaient bien taquiner gentiment leurs collègues, notamment ceux d'Indiana Jones ! En tout cas, c'est comme ça que j'avais fait connaissance avec de nombreux cast members de Space Mountain. J'ai ainsi pu tester l'attraction dans des conditions que le public ne connaîtra jamais : toutes lumières allumées et sans musique d'ambiance. Une sacrée expérience qui mérite d'être vécue !
Une fois le faste passé, la réalité d'une exploitation quotidienne allait vite reprendre ses droits… Tous les cast members ayant travaillé à cette époque vous le diront, Space Mountain a mis du temps avant de fonctionner correctement ! En effet, comme toute nouveauté, de nombreux incidents techniques sont venus perturber les débuts pourtant prometteurs de l'attraction. Très souvent, ce n'était pas grand chose et l'attraction n'était immobilisée qu'une dizaine de minutes, mais parfois c'était plus long et cela pouvait durer plusieurs heures !
Pendant ce temps, les visiteurs patientaient ou râlaient. Mais le pire c'est quand l'attraction était évacuée… Imaginez la colère des visiteurs, certains ayant attendu plus d'une heure pour s'entendre dire que leur voyage vers la Lune était repoussé à un moment inconnu. Car chez Disney, on ne vous dira jamais quand l'attraction compte reprendre ! En effet, une estimation peut se révéler inexacte en fonction de la difficulté ou non à rétablir le fonctionnement. Ainsi, pour éviter de donner de faux espoirs et éventuellement décevoir à nouveau les visiteurs, il était préférable de les inviter à faire d'autres attractions et à revenir ultérieurement.
Et justement, l'une des autres attractions était Indiana Jones. Quand on voyait une masse énorme de personnes se précipiter vers nous, on se disait : “ouh là, ça y est, Space Mountain est encore en rade, on va récupérer tous les gens qui étaient là-bas…". Et de trente minutes, notre file d'attente passait à soixante, voire plus ! Nous croisions les doigts pour que le Temple du péril ne tombe pas en rade à son tour… ce qui pouvait également arriver aussi ! Je vous laisse imaginer la gestion de l'humeur exécrable bien compréhensible des visiteurs !
Finalement, c'était au tour de ceux qui n'étaient pas affectés à Space Mountain de se moquer gentiment de ceux qui y bossaient ! “Ah oui, t'es à Space, le machin qui tombe toujours en panne !” faisait parties des quolibets régulièrement assénés aux pauvres cast members de l'attraction pourtant emblématique et sur laquelle tous les espoirs étaients fondés.
Après quelques mois, le rôdage s'est affiné et les problèmes techniques se firent plus rares. Seul un élément de scénographie allait être paralysé près de dix ans : le recul du canon et les effets fumigènes (non essentiels à l'attraction mais destinés à accentuer l'impact visuel du catapultage). Aujourd'hui Space Mountain vient de vivre une nouvelle naissance en conservant son originalité et continue d'emporter petits (mais pas trop petits) et grands dans une grande aventure interstellaire.
lundi 21 novembre 2005
Plouf !
En mai 1997, je quittais pour la première fois Disney, histoire de prendre un peu d'air et surtout profiter d'une opportunité que je n'allais pas laisser passer… En effet, dans le cadre d'un programme spécial pour étudiants, j'avais la possibilité de passer un été entier aux États-Unis afin d'y travailler. J'avais grand besoin de me ressourcer et de voir autre chose, car l'année que je venais de terminer à l'université de Paris X—Nanterre n'était pas brillante et cela m'avait complètement démotivé.
N'allez pas croire que c'est à Disney que j'ai filé ! J'ai d'abord atterri à New York et après des recherches infructueuses, je me suis finalement retrouvé dans les montagnes de la Sierra Nevada, dans un hôtel-casino “resort” ! Mais là n'est pas le sujet de ce billet.
J'annonçais donc au management et à tous mes collègues et amis que je souhaitais quitter l'entreprise au moins pour l'été. Une fois ma démission posée, il ne me restait plus qu'à vaquer à mes fonctions habituelles pendant le dernier mois. Enfin, le dernier jour de contrat arriva. J'étais affecté à l'attraction des Pirates à ce moment-là et en guise d'au revoir, mes collègues se sont précipités vers moi pour me saisir de tous les côtés. Direction le garage de maintenance des Pirates pour me jeter d'un pas décisif dans l'eau du bassin !
Trempé jusqu'aux os, je regagnais en leur compagnie les vestiaires, non sans avoir emprunté les navettes de bus internes sous le regard étonné et ébahi des autres cast members un peu surpris de voyager à côté d'une serpillère géante ! Imaginez le costume de pirate entièrement mouillé et vous comprendrez l'état d'humidité dans lequel je me trouvais !
Finalement, ce rituel est devenu une tradition dès qu'un cast member quittait l'attraction (sauf en hiver quand même). Je ne sais pas si c'est toujours le cas aujourd'hui, mais cela fait partie des petits moments de délires qui font les grands souvenirs qu'on aime tant raconter et partager.
Après cet été inoubliable et des souvenirs de petit expatrié plein la tête, je revins à Disney en octobre toujours à temps partiel afin de suivre un nouveau cursus universitaire dans une autre branche, cette fois à Paris II. Ensuite, je quittais définitivement la société dix mois plus tard, mettant ainsi un terme à trois années de collaboration. Mais ce sera l'objet d'un autre billet.
mardi 15 novembre 2005
L’attraction qui n’existait pas
Quoi de plus naturel que de renseigner les visiteurs lorsqu'ils vous posent une question. Invariablement, ce sont souvent les mêmes questions qui revenaient : où sont les toilettes, à quelle heure est la parade (de 15 heures…), où se trouve telle attraction, etc.
Généralement, tout se passait pour le mieux dans le meilleur des mondes, même si parfois les visiteurs vous demandaient une attraction sans connaître son véritable nom : la maison des poupées, le train de la mine, le train fantôme… Mais il arrivait aussi que l'on vous demande une attraction qui n'existe pas !
— Bonjour, pourriez-vous m'indiquer le manège où on est en bateau ?
— Les Pirates des Caraïbes ? C'est ici, ne cherchez pas plus loin !
— Non, ce n'est pas ça, on vient de le faire, ça ne ressemble pas à ce que j'ai fait l'année dernière.
— C'est peut-être "it's a small world" ?
— Quoi ?
— La "maison des poupées" si vous préférez…
— Ah oui, mais non, ce n'est pas ça non plus. C'était un truc en bateau, on fait un safari, on voit des animaux de la jungle…
— Je vois, il s'agit de Jungle Cruise, mais vous ne la trouverez pas ici.
— Ah bon ?
— Oui, c'est aux États-Unis ou au Japon !
— Vous êtes sûr ? Pourtant, je suis persuadé de l'avoir fait ici !
— Je peux vous le garantir, cette attraction n'a jamais existé.
— Vous plaisantez, allez dites-moi c'est par où ?
— Mais je suis sérieux ! Vous êtes allé en Amérique l'année dernière ?
— Ben oui…
— Alors ne cherchez pas plus loin…
Précédents articles relatés
> Si vous ne voulez pas exaspérer un cast member
> Quand "it's a small world" devient la "maison des poupées"
> Si vous ne voulez toujours pas exaspérer un cast member
dimanche 9 octobre 2005
La traque aux tricheurs (1)
S'il y a bien une chose que les visiteurs et les cast members ne supportent pas, ce sont les petits malins qui essaient de couper les files d'attente. Quand il nous arrivait d'en surprendre en flagrant délit, nous ne leur faisions pas de cadeaux. Ils étaient aussitôt, soit invités à rejoindre leur position initiale, soit exclus de l'attraction pour les cas les plus graves.
Mais parfois, on pouvait essuyer un refus d'obtempérer. Dans ce cas, soit les équipes de sécurité prenaient le relais, soit les cast members avaient assez d'imagination pour les empêcher coûte que coûte de participer à l'attraction concernée. Et il n'est pas forcément nécessaire d'avoir de gros muscles pour faire partir des indésirables.
Je me souviens d'un épisode quand j'étais chef de train au Disneyland Railroad. Nous étions en gare de Frontierland en train de faire monter les visiteurs. Une fois le compte atteint, la file fut à nouveau fermée, les autres visiteurs devant attendre le train suivant.
Au moment de partir, un couple entra par la sortie en courant et s'installa dans l'une des voitures, pensant n'être ni vus, ni connus. Je me précipitais alors vers le compartiment concerné afin de déloger ces passagers clandestins.
— Bonjour, je regrette, mais vous n'avez pas emprunté le bon chemin, vous devez ressortir et entrer dans la file d'attente.
— Quoi, qu'est-ce que tu nous veux ? On est assis, on ne bouge pas !
— Et d'une, je ne vous connais pas, donc vous ne me tutoyez pas, et de deux vous allez de toute façon quitter ce train.
— C'est ça, cours toujours […] ! (une insulte gratuite fuse de sa part)
— Je vois que vous avez des capacités d'argumentation limitée, ce n'est pas grave. Ne bougez pas…
Je rejoignis alors mon poste sur le train, non pas pour autoriser le départ, mais pour saisir une arme redoutable : le microphone pour effectuer des annonces.
— Mesdames et messieurs, je vous informe que nous sommes momentanément retenus à quai en raison de la présence dans ce train de deux visiteurs indélicats. Ces personnes n'ont pas fait la file d'attente comme tout le monde, se sont installées à bord et refusent de partir pour l'instant.
Bien évidemment, la foule s'empressa de huer les fautifs et les deux sortirent immédiatement du train en me lançant : “c'est nous que tu traites de visiteurs indélicats ? Va ch[…], c'est bon, on se casse !”
Les autres voyageurs, très reconnaissants, applaudirent chaleureusement et ça, ça faisait chaud au cœur !
jeudi 8 septembre 2005
Vaches maigres
Pour assurer un service de qualité, il faut certes du personnel de qualité mais aussi du personnel en quantité. Chez Disney, cette équation était assez respectée jusque la fin 1996, même si l'on trouvera toujours des salariés dont la compétence reste douteuse. Le monde étant loin d'être parfait, aucune entreprise n'échappe à cette règle.
Si l'année 1997 était l'année de toutes les fêtes (le parc fêtait ses cinq ans d'existence), le personnel opérationnel allait commencer à subir une sacrée cure d'amaigrissement. Le nombre de cast members par attraction était ainsi calculé au coût économique le plus juste pour néanmoins maintenir au mieux sécurité, efficacité et productivité.
Certaines attractions, dont l'activité est essentiellement extérieure, devenaient plus difficiles à supporter notamment en hiver. Rester une heure dehors, par moins cinq degrés, n'est décidément pas une situation de rêve. Certes, des chaufferettes et des abris furent par la suite installés pour le personnel, mais c'était un moindre mal.
En tout cas, cette mise au régime forcé a parfois eu des conséquences insolites. Je me souviens d'une panne longue aux Pirates des Caraïbes. Pour éviter une attente difficile à supporter pour les visiteurs, la décision fut prise d'évacuer l'ensemble de l'attraction.
Pour la file d'attente, aucun problème, il suffisait de diriger les visiteurs vers les issues de secours et de les canaliser. Mais pour les bateaux, c'était une autre paire de manche : 26 embarcations disséminées dans tout le circuit ! Hélas, les cast members de l'attraction n'étaient pas assez nombreux pour gérer tout ce flux.
Un appel fut ainsi lancé dans les autres attractions pour identifier tous les cast members ayant été formés à celle des Pirates. En effet, il existe des procédures de sécurité particulières qui ne tolèrent aucun écart et nécessitent une connaissance des règles, lieux et spécificités de l'attraction.
Quelques minutes plus tard, on voyait arriver des cast members de Big Thunder Moutain, It's a small world, Space Mountain, Peter Pan, etc. dans leurs tenues respectives ! Ce qui constitue une exception à la règle habituelle. En effet, pour maintenir le thème de chaque lieu et éviter les incohérences, on ne doit pas trouver par exemple un employé avec le costume de Star Tours devant le Manoir hanté ! Dans tous les cas, ils apportèrent une aide précieuse à l'ensemble de l'équipe.
Cette période de vaches maigres a sans doute réussi à démotiver de nombreux cast members, mais nombre d'entre eux ont eu également d'autres ambitions…
jeudi 11 août 2005
Veuillez rester assis et garder bras et mains à l’intérieur
S'il y a bien une annonce mythique dans les parcs Disney, c'est celle qui vous incite fortement à rester bien assis et à ne pas laisser dépasser vos bras ou vos jambes. La sécurité des visiteurs et du personnel fait partie des priorités numéro un. Un cast member se doit d'agir et de réagir en conséquence dès qu'il estime que toutes les conditions satisfaisantes ne sont pas réunies. Hélas, certains visiteurs (ils sont peu nombreux je vous rassure) ont une conception de la sécurité qui leur est “personnelle”. Se sentant invincibles, ils se croient tout permis et n'hésitent pas à braver le danger. Or, n'est pas monsieur Indestructible qui veut !
Je me souviens d'un épisode particulièrement rageant aux Pirates des Caraïbes. Un soir, alors que nous accueillions les derniers visiteurs avant la fermeture, un petit groupe d'agités avait pris le parti de jouer aux imbéciles. Leur jeu ? Quitter le bateau à un moment de l'attraction. Lorsque j'ai constaté cette scène sur l'écran de contrôle, ma première réaction a été d'effectuer un arrêt local et de saisir immédiatement le microphone pour les rappeler fermement à l'ordre. Mais le répit fut de courte durée. À peine l'attraction redémarrait-elle que quelques mêtres plus loin, ils se levaient et dansaient au rythme de “a pirate's life for me”… Après un nouvel arrêt et avertissement, je leur indiquais que nous leur réservions un accueil “personnalisé” à leur arrivée.
Toute l'équipe était en effervescence et brûlait d'impatience de voir l'arrivée du bateau incriminé. Une fois le groupe débarqué, nous leur avons indiqué que leur comportement, observé grâce aux caméras vidéo, était inacceptable. Ensuite, après quelques sermons d'usage nous les avons néanmoins relâchés : le parc fermait et il devenait inutile d'appeler la sécurité. Mais avant de partir, l'un des individus du groupe nous demanda, très sérieusement : “on pourrait avoir une copie de la vidéo en souvenir ?”… Sans commentaire.